29/12/2013

Dieudonné: entre facho-victimisation et censure d’Etat de Saint-Valls

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Ainsi donc, le nouveau combat du Ministre de l’Intérieur français est de faire taire Dieudonné. Offrant par la même aux quenelles une bien enviable aura subversive.

Personnellement, Dieudonné ne me fait pas rire du tout. Mais alors pas du tout. Pour être précise, c’est avec tristesse que je vois sombrer dans la haine obsessionnelle un homme qui ne fait plus que rabâcher les mêmes rengaines simplistes, lui qui fût un jour un humoriste doté d’un talent fou, certainement le meilleur de sa génération, tant dans l’écriture que dans le jeu. Aujourd’hui, il semble se complaire dans cette facho-sphère faite de membres du Front National (les Chatillon, Le Pen et consors) ainsi que de renégats pseudo électrons libres du genre de Soral. Et s’il s’y plaît, c’est qu’il en partage les idées, totalement nauséabondes. Je pense que nous, non-blancs, devons arrêter de nous faire duper par ce discours incohérent aux allures superficielles de cause palestinienne ou d’anticapitalisme, alors que le fond est la promotion d’un Etat autoritaire qui éclate les”communautés” quelles qu’elles soient et leurs libertés, et dont le virilisme pathologique n’est qu’un symptôme parmi tant d’autres.

Derrière la rhétorique pseudo anti système et le confort de l’affirmation de combats qui ont de quoi attirer la sympathie de jeunes (telles que l’”anticapitalisme” ou l’”anti-sionisme”), se cachent un bon vieux nationalisme. Avec ses alliances de mauvais goût, il contribue au shift des mentalités qui renforce l’extrême-droite, tout comme Charlie Hebdo y contribue à sa façon avec son islamophobie teintée de racisme – sauf que Charlie Hebdo n’est en rien inquiété, parce qu’il s’en prend surtout à des gens qu’il est consensuellement admis de pouvoir détester sans être inquiété. Pourtant, je n’y vois aucune différence: l’antisémite qui se voile derrière un antisionisme de façade ne vaut pas mieux que l’islamophobe qui se voile derrière un anticléricalisme primaire: les deux contribuent à une construction commune, qui est la haine de l’altérité dès qu’elle prend “trop” de place.

Mais voilà, ce qui me chiffonne vraiment dans cette histoire de censure d’Etat, c’est que quand des propos haineux sont proférés, des moyens légaux existent, et d’ailleurs ils ont souvent été utilisés en ce qui concerne Dieudonné. Maintenant, là où le bât blesse, c’est que la République veut bien s’acharner sur un humoriste mais admet totalement des politiciens qui mènent sur le devant de la scène les pires concepts, qui contribuent aux pires politiques. Interdire Dieudonné de “réunion publique” alors que Marine Le Pen est bienvenue sur tous les plateaux télé à heure de grande écoute? Saigner du nez pour une quenelle – quoi que cela représente – mais vouer un culte républicain sans faille à des hommes comme Jules Ferry, qui s’est explicitement exprimé sur les races supérieures et les races inférieures? Défendre la “liberté d’expression” quand cela arrange?

Et doit-on rappeler que l’homme même qui souhaite interdire toutes les “réunions publiques” de Dieudonné (le sinistre Manuel Valls, qui croit visiblement que simplement parce qu’il veut, il peut) nous offre lui-même souvent de belles démonstrations de racisme, comme lorsqu’il déplore que dans sa ville d’Evry, il n’y ait pas assez de Blancs à son goût ou lorsqu’il stigmatise les populations Rom, ou encore lorsqu’il dit que la lutte contre le voile est un “combat essentiel de la République”?

Lorsque les spectacles de Dieudonné seront interdits, finalement, rien n’aura changé: la fachosphère pourra encore mieux jouer la carte de la victimisation, la sainte trinité FN/UMP/PS continueront à faire jouer à l’opposition de forme tout en partageant le fond, la sphère médiatique continuera à servir la soupe aux extrémistes en stigmatisant toujours les mêmes.

19/12/2013

Au camp de Lampedusa, où les détenus sont privés de leur humanité

Une vidéo filmée à l’intérieur du camp d’”accueil” pour migrants de Lampedusa en Italie a révélé les pratiques inhumaines qui se jouaient à l’intérieur de ces murs. Nous y voyons des hommes et des enfants forcés de se déshabiller en public avant d’être nettoyés au jet d’eau. Des voix se sont élevées pour qualifier ce centre pour ce qu’il est vraiment: un camp de concentration. Il n’y a strictement aucune nuance à apporter: c’est effectivement un camp de concentration, ni plus, ni moins.

A la fin de la deuxième guerre mondiale, l’Europe qui avait subi l’innommable, meurtrie dans sa chair, s’était fait la promesse de ne plus jamais en passer par là. La construction de l’Union Européenne semblait être la réponse adéquate pour guérir tout un continent traumatisé par la barbarie ultime de la guerre et l’aider à ne plus jamais tomber dans l’horreur. Hors, en 2013, nous nous rendons compte que c’est bien à la faveur de la politique migratoire de l’Union Européenne que l’on entasse des êtres humains, dont le seul crime est d’avoir tenté leur chance pour une vie meilleure. L’Union Européenne qui, rappelons-le, est lauréate du Prix Nobel de la Paix, ne s’est pas embarrassée de promouvoir les Droits de l’Homme, elle s’est contentée de sophistiquer sa façon de les bafouer.

En remettant la tâche à des sous-traitants de jouer le rôles de gardes de la forteresse, elle veut peut-être faire illusion sur sa responsabilité dans ce genre ignominies, il n’empêche que tant que nous nous posons pas les bonnes questions sur la politique migratoire européenne et tant que nous ne dégageons pas de vraies solutions pour s’y opposer, nous sommes pas prêts pour s’en arrêter à ça. Ces adultes et ces enfants nus traités comme du bétail au centre de Lampedusa, subissent ce qu’ils subissent au 21ème siècle dans une Europe qui n’est même pas en guerre, qui bien qu’il y ait une crise économique, connaît une certaine paix sociale. Que se passerait-il si la crise s’aggravait ou si les clivages sociaux augmentaient encore un peu plus? On se mettrait à gazer des Roms et des Africains? Qui ici peut sérieusement affirmer que nous n’assistons pas là aux prémisses d’une nouvelle aire fasciste? Et qu’attendons-nous pour nous y opposer sérieusement?

Cette question ne concerne pas uniquement l'Union Européenne. La répression sécuritaire de la migration est une tendance tristement répandue. Au niveau suisse, au même moment où démarre la campagne pour l'initiative de l'UDC pour contrer l'"immigration massive",  réfléchir sérieusement aux implications humaines et morales de nos choix politiques ne serait pas un luxe.

09/12/2013

Procession hypocrite autour de corps de Mandela

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Il n'est point trop risqué de saluer la mémoire d'un grand homme. Il est même tentant de prétendre à peu de frais partager ses principes et ses combats. Nelson Mandela semble faire l'unanimité chez les grands de ce monde. Il est vrai que de mémoire vivante, peu d'hommes du 20ème siècle ont réussi à traverser l'Histoire avec autant de dignité. J'ai du mal avec les "icônes" de manière générale, qui idéalisent souvent le sujet au prix de quelques réarrangements avec l'Histoire, mais soit, si nous avons besoin d'icônes autant que ce soit des personnes qui ont influé sur le monde de si belle façon. A ce titre, Madiba a souvent réveillé le meilleur en nous, et certainement il le fera pour longtemps encore.

Cependant, il est difficile de ne pas recevoir avec amertume les témoignages béats des chefs d'Etats et regretter d'avance la démonstration malsaine qui se prépare autour de sa dépouille. Les grandes puissances sont frappées d'amnésie et oublient que pour la plupart d'entre elles, elles ont considéré ce grand militant comme un terroriste jusqu'à très tard, qu'elles n'ont cessé de combattre que sous la pression populaire, et encore.

Dans un tweet daté d'il y a 3jours, Bill Clinton tweete "I will never forget my friend Madiba", alors que le même Madiba était sur la terrorist watchlist américaine, donc en particulier sous la présidence de Clinton. Obama va faire le voyage pour se recueillir sur la dépouille de Mandela, alors que ses drones débitent en ce moment même des dizaines et des dizaines de civils en Iraq, Afghanistan ou Yémen. François Hollande parle du "message" de Mandela avec admiration, mais il n'en reste pas moins que la seule action concrète du président socialiste depuis son élection a été de consolider l'héritage françafricain via des campagnes militaires au côté d'armées notoirement génocidaires (telles que l'armée malienne, rouage important de la machine d'apartheid contre les populations du Nord-Mali). Et il y a quelques semaines à peine, ce même Hollande échangeait des accolades avec Benyamin Netanyahou, le premier ministre d'extrême-droite qui fait de l'apartheid à l'israelienne l'oeuvre de sa vie (l'engagement de Mandela pour la cause palestinienne était notoire).

Tout le monde y va de son petit mot, oubliant qu'il y a quelques mois à peine, ces mêmes chefs d'Etat rendaient hommage à Margaret Thatcher, qui fut en son temps le principal allié du gouvernement sud-africain qui tirait à balles réelles sur les manifestants noirs qui demandaient l'égalité. On découvre aujourd'hui une planète toute entière gagnée à la cause de l'égalité et de la dignité humaine, tout en fermant les yeux sur des atrocités telles que l'esclavage moderne dans des pays comme le Brésil et le Qatar, dans lequel on fait construire des stades de foot par des populations déshéritées pour que nous puissions tous regarder des sportifs jouer à la baballe lors d'une de ces messes mondiales pour lesquelles tous les sacrifices sont acceptables. Des dizaines de nations continuent d’organiser l’ostracisation ou l’exploitation d’ethnies voire leur extinction pure et simple; la moindre des choses que nous pourrions tous faire, si notre volonté réelle était de tirer des leçons de l’expérience sud-africaine, serait de ne pas bêtement se parjurer, à louer un héros tout en écrasant son héritage.

Bref: l'indécence, la seule valeur universellement véritablement partagée.

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