23/09/2013

Cigarette écolo et démocratie de spectacle

Il s’agit certainement d’un sujet vu et revu, déjà traité. Cela s’apparentera donc plutôt à un billet d’humeur qu’autre chose.

Ce week-end, en passant acheter un magazine au tabac, je suis tombée sur une affichette publicitaire pour une marque de cigarettes (La Parisienne pour ne pas la nommer) qui m’a quelque peu interpellée. Je n’ai pas retrouvé sur le web l’exacte affiche que j’ai vu mais celle-ci y ressemble beaucoup:

parisienne6.jpg

Grosso modo: la cigarette Parisienne verte est une cigarette écolo “sans additifs”, emballée “sans cellophane” et “sans alu”. Ayant une sainte horreur de la cigarette et n’ayant aucun fumeur dans mon cercle familial et amical proche, je ne sais pas depuis quand cette Parisienne verte est commercialisée, mais ça semble assez récent vu qu’elle surfe si bien sur la vague du greenwashing (en français: écoblanchiment, à comprendre: pratique de com’/marketing qui consiste à offrir une “virginité écologique” à des produits par ailleurs éthiquement douteux sur d’autres questions). La pratique du greenwashing est certes une pratique répandue dans l’industrie (ainsi que le whitewashing, pinkwashing et des tas d’autres -washings, enfin bref), mais j’avoue que voir une cigarette, produit nocif s’il en est, présentée comme produit respectueux de Mère Nature m’a carrément donné envie de rire. Quand on y réfléchit bien, réussir à faire d’un argument de vente l’aspect “sans additifs” d’un produit dont la caractéristique principale connue de tous est de contenir des substances hautement cancérigènes (qui constituent pour ainsi dire la substantifique moelle de la cigarette), ça doit bien valoir un bon 9.99/10 sur l’échelle du cynisme. Mais là, rien de surprenant me direz-vous.

Là où je souhaite en venir, en réalité, c’est une interrogation qui se situe plutôt au niveau de la réception du message par les consommateurs. Les pratiques de greenwashing fonctionnent plutôt bien et redorent effectivement l’image publique des compagnies qui axent une partie de leur communication publique sur ce topic, ça on le sait. Je n’ai certes pas de chiffres à disposition, mais j’imagine donc que la cigarette Parisienne verte doit pas trop mal marcher, vu qu’elle est sur les rayons. D’un autre côté, nous savons grâce à une étude récente que les images choquantes imprimées sur les paquets de cigarette (poumons calcinés, personnes cancéreuses, dents ravagées, etc) ont très peu d’impact auprès des fumeurs, en particulier des jeunes fumeurs. On s’habitue très vite à ne pas “voir” ces images violentes dont nous savons pourtant très bien qu’ils illustrent une réalité incontestable des ravages du tabac.

Ce que je cherche à exprimer avec cet exemple de la cigarette, c’est cette tendance que nous avons à filtrer les messages, en tant que clients, non pas en fonction de la véracité de l’information, mais en fonction de son attractivité. J’enfonce une porte ouverte, puisque c’est là quelque chose que nous savons tous.

En pleine période électorale, il est opportun de rappeler que ce mécanisme de filtrage de l’information selon son attractivité est un rouage indispensable de la machine des campagnes politiciennes. Nous savons tous, nous avons pleinement conscience, que les discours de campagnes électorales sont un ramassis de promesses auxquelles ne croient ni le candidat, ni le parti, ni l’électeur. L’expérience électorale nous prouve pourtant que les candidats qui discourent des choses plus vraies mais moins plaisantes sont systématiquement boudés par les votants. Nous savons parfaitement que nous faisons nos choix sur la base d’informations tronquées et spéculatives, mais nous choisissons de continuer à honorer ce pacte tacite, car nous aimons cette démocratie de spectacle. Il n’existe pas un seul électeur qui niera l’affirmation “les politiciens en campagne électorale mentent”, mais au fond, avec nos bulletins de vote, c’est bien nous qui voulons bien accepter les messages mensongers.

11:47 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0)

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