06/12/2011

H & M préfère les fausses femmes aux vraies

On s'était déjà habitués aux clichés photoshopés servis par les publicitaires, où les mannequins voyaient leurs bourelets coupés et leurs rides d'expression effacées. Aujourd'hui, H & M vient de franchir un pas supplémentaire en matière de tromperie puisque tout simplement, l'entreprise suédoise a été obligée d'admettre que pour sa dernière campagne promotionnelle elle ne s'est pas contentée de retoucher des corps existants, mais a purement et simplement collé des têtes de vraies femmes sur des faux corps générés par ordinateur.

Les faux corps en question ont tous la même pose, les mêmes proportions et ne diffèrent que par la couleur de peau, modifiée pour s'accorder aux visages des femmes.

La défense de H&M après s'être ainsi fait griller? "Nous voulions porter l'attention du consommateur sur les produits plutôt que sur les corps des mannequins.". Ah bon... bah dans ce cas il fallait photographier les bikinis sur des cintres.

N'y a-t-il donc en Suède (ni dans le reste du monde) aucune femme qui porte les bikinis H&M assez bien pour en faire la promotion?  C'est qu'à force de vouloir tendre vers la perfection du corps féminin, les faiseurs de mode ont fini par comprendre qu'elle n'existait nulle part.

H&M étant le premier vendeur de vêtements au monde, il imprime des tendances et influence les mentalités profondément, en particulier celles des jeunes femmes et adolescentes. Autant dire qu'un étalage de corps factices de la part de H&M est de très mauvais goût et doit être vu comme une atteinte morale aux femmes, à qui sont imposés des idéaux esthétiques irréalistes.

A bien y réfléchir, si les marques de vêtements continuent depuis plusieurs décennies sur  cette lancée absurde, c'est que rien ne les arrête: en effet, quoi qu'ils fassent, quoi qu'ils nous imposent comme image déformée de la femme, les magasins continuent à être pris d'assaut à chaque nouvelle collection. Les shoppeuses n'en ont cure de ces considérations et continuent à shopper. Pourquoi reverraient-ils leur stratégie de communication si les consommatrices ne prennent pas acte?

Pour ma part, cela fait un certain temps que je m'abstiens d'acheter chez H&M, et cette histoire de faux corps ne fait que conforter ma conviction. J'espère ne pas être un cas isolé et ne peut qu'appeler de tous mes voeux les autres femmes à également boycotter H&M, mais je me fais peu d'illusions sur l'écho d'une telle initiative... c'est qu'ils nous ont méchamment lavé le cerveau les professionnels de l'industrie de la mode...

 

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07/11/2011

Les 7 novembre dans l'ancienne Tunisie

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Cette année, c'est la première année depuis 23ans que nous, Tunisiens, ne "fêteront" pas le 7 novembre. En effet, avant la révolution tunisienne de 2011, chaque année avait lieu la commémoration du 7novembre 1987, date de l'accès de Ben Ali à la présidence du pays (après un coup d'état, mais ça, nous n'osions pas le dire en ces termes!). Bien entendu, le tunisien moyen, si on lui avait demandé son avis, avait franchement autre chose à faire que de se "réjouir" ce jour-là, mais comme il était littéralement bombardé de messages lui enjoignant d'être reconnaissant des bienfaits du bon Zine pour la nation, il était difficile de passer à côté du 7 novembre.

Bien entendu ce jour-là la propagande fonctionnait à plein régime. Les clips tournaient à la télé, les rues étaient décorées à l'occasion. Mais ce n'était pas tout, puisqu'il ne suffisait pas d'assister passif à tout cela - le citoyen était mis à contribution. Il fallait montrer qu'il y avait des milliers de gens dans les rues, rassemblés dans la joie et la bonne humeur.

Pour donner une mesure de ce qu'un Tunisien pouvait subir ce jour-là, voici une petite histoire qui est arrivée à un de nos voisins en Tunisie. Ce voisin était un vieil homme pauvre, qu'on appelrait "Si Mohammed"( "Monsieur Mohammed"). Il devait bien dépasser les 75ans, bien qu'il ne sut pas lui-même son âge, car il faisait partie de ces générations encore existentes chez nous dont la naissance n'avait pas été déclarée à l'état civil au moment de la naissance mais bien des années après (il n'était pas rare que les gens aient 5 ou 10ans de moins sur leurs papiers qu'en vérité), et il ne savait non plus ni lire ni écrire. Ce vieil homme pauvre était dans une santé assez défaillante, pratiquement sourd, pas toute sa tête et bien frêle. Il vivait par là depuis plusieurs décennies et était engagé par la mairie pour balayer les rues derrière le parlement (le reste du pays pouvait bien être dégueulasse, mais derrière le parlement, faut pas charrier!). Bref, il ne connaissait pratiquement rien du monde à part cette rue, qui constituait en quelque sorte son Univers et cela à son importance dans cette histoire.

Un 7 novembre il y a quelques années, Si Mohammed a disparu. Personne ne savait où il se trouvait et dans le quartier nous avions finalement fini par croire qu'il était mort, et personne ne connaissait même le nom de famille du vieillard, que personne n'avait jamais utilisé,  pour pouvoir demander après lui. Et au fond, il était dans un tel état de faiblesse que cela n'aurait étonné personne qu'il ait pu avoir fait un arrêt cardiaque ici ou là. Deux semaines après le 7 novembre, nous le vîmes réapparaître, éreinté, désorienté, dans un état pitoyable.

Il expliqua aux voisins qui acoururent ébahis pour l'accueillir que le 7 novembre, alors qu'il balayait la rue comme à son habitude, un bus passa par là. C'était un bus des transports publics perquisitionné par la police, et des policiers ramassaient toute personne qui se trouvait dans la rue pour les faire monter dans le bus. Pas question de refuser, cela va sans dire. C'était une pratique courante: lors des meetings de Ben Ali ou ses visites, on rafflait les passants et on les rassemblait aux lieux clé, pour donner un effet de foule accourue massivement, on leur donnait des drapeaux tunisiens, des portraits du dictateur, des pancartes à agiter. Ce jour-là donc, on embarqua Si Mohammad pour l'emmener à un meeting important dans une ville voisine.

Le problème, c'est que si les policiers étaient très zélés pour emmener les foules, ils l'étaient nettement moins pour les ramener. A la fin du meeting, ils remirent sommairement les gens dans les bus qui repartirent bien vite. Si Mohammed avait été oublié sur place. Le vieil homme n'avait ni argent ni papiers d'identité sur lui, en tant qu'homme illétré il ne connaissait même pas son adresse et il fût bien incapable d'expliquer clairement d'où il venait aux personnes qui habitaient là-bas. On a essayé de-ci de-là de lui faire quadriller les rues avant de comprendre qu'il ne venait même pas de la ville on l'hébergea et lui donna à manger, et puis il s'égara de nouveau il ne réussit plus à retrouver ses bienfaiteurs et donc il se mit en marche de sa ville natale, parfois une voiture s'arrêtait et le transportait un peu (dans la limite de ses explications confuses! Et dans un pays où l'on craint la police plus que la peste, on ne lui confie pas un vieil homme, incertain du sort qui lui serait réservé), parfois des gens lui donnaient à manger... il mit 2semaines à retrouver sa rue, et c'était donc ainsi qu'à la grande surprise des voisins il était réapparu.

Et pour les hommes comme Si Mohammed et les autres qui se sont retrouvés dépossédés de leur humanité par un régime brutal comme celui de Ben Ali, ce 7 novembre et tous les suivants, nous sommes fiers de dire qu'il ne signifie rien pour nous. Dans le pays, toutes les "Place du 7 Novembre", "Rue du 7 Novembre" et "Cité du 7 Novembre" ont été renommées, généralement en "Mohammed Bouazizi".

20/09/2011

Athlètes féminines: femmes objet vous serez!

Ce week-end, j'ai dû sacrifier mes grasses matinées au rugby, coupe du monde oblige. Je regardais le journal sportif de France Television diffusé après le France-Canada. La majorité du journal fût consacré au rugby, puis vinrent quelques titres relatifs à d'autres sports (football, etc). Comme d'habitude, on ne parle que de sportifs masculins. Puis - ô miracle - un reportage sur des sportives féminines, les basketteuses lyonnaises. Leurs derniers exploits? Leurs résultats en championnat? Que nenni... leur nouvelle tenue. Les demoiselles laissent tomber le short pour une robe.

 

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En soi, la tenue, ou le fait de parler de la tenue n'a rien de problématique. Ce qui l'est, en revanche, c'est de n'avoir droit aux nouvelles du basket féminin que pour entendre parler des tenues, et pour rien d'autre.

Le sport est réputé pour être un monde machiste; c'est certainement vrai. Trop longtemps, les sportives féminines ont souffert du désintérêt du public, des médias et des sponsors pour leurs exploits. Elles ont souvent souffert d'étranges a prioris, souvent de la part de personnes qui n'ont jamais même fait l'effort de regarder une seule fois un match de football ou de basket féminin. En conséquence, vivre de son sport, ça n'a pas toujours été facile pour une sportive.

Pour ne pas être pessimiste, avouons qu'on a quand même fait du chemin en la matière, même s'il reste beaucoup à améliorer. Comment se fait-il par exemple que nous ayons droit à près de trois semaines de retransmissions en direct et en intégral des étapes du Tour de France masculin alors qu'on voit à peine passer une image ou deux de la discipline cycliste féminine, à tout hasard, quand les rédactions sportives ne savent pas avec quoi remplir les deux dernières minutes d'antenne?

Même dans les rares sports féminins qui ont atteint une visibilité médiatique conséquente, comme le tennis, le machisme continue à frapper très fort. En effet, les athlètes féminines sont devenues les nouvelles femmes objet de leur sponsors et de nos medias (magazines, internet,...). Les campagnes de publicité et les séances photos les représentent généralement dans les tenues légères et les poses très suggestives  caractéristiques du soft porn. En comparaison, les athlètes masculins sont généralement représentés dans leurs tenue de sport ou en costume. Les rares athlètes masculins se prêtant au jeu de l'image médiatique sexualisée (comme David Bekham ou les 'Dieux du Stade') le font de manière individuellement voulue et recherchée; pour les femmes athlètes un tant soit peu connues c'est un peu devenu le passage obligé pour exister publiquement...

Alors je me demande: au final, la femme sportive devient une femme objet parce que les communicants veulent nous vendre cette image, ou parce que nous, public, ne cherchons jamais à "acheter" autre chose d'une femme publique (sport, cinéma, etc) que son apparence physique?

PS: quelques exemples de clichés d'athlètes féminines (la footballeuse Hope Solo, les tenniswomen Serena Williams, Maria Sharapnova et Caroline Wozniaci) et masculins (notre Roger Federer, Thierry Henri, Tiger Woods, Michael Schumacher et Usain Bolt) pour illustrer la différence.

 

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